
Un ouvrage décapant et libérateur - Voila un livre passionnant et érudit écrit par un historien dont le style demeure accessible et agréable. Il démontre avec brio que l histoire du peuple juif telle que le grand public la connait (notamment au travers de quelques passages de l ancien testament) n est qu un montage peaufiné au XIXème siècle par divers auteurs européens. En fait, il y a longtemps que nous savons que la Bible est un patchwork qui ne respecte pas la chronologie réelle (Cf. la Bible dévoilée de Finkelstein et Silberman). Ainsi, l exode n a jamais existé et les juifs n ont jamais été massivement chassés de chez eux ni par Babylone, ni par Rome. Une notable partie de ceux qui sont restés ont été convertis au cours de l histoire par le christianisme ou par l islam. Par ailleurs, pendant des siècles, le prosélytisme juif a fait des centaines milliers de convertis, l Empire Khazar n est que le plus important exemple de ce phénomène.Au total, Shlomo Sand nous donne l image d une communauté religieuse qui ressemble finalement à toutes les autres -ni plus, ni moins- : toutes les tentatives pour faire des juifs une entité étanche et singulière basée sur l ethnicité ou la race sont vaines. Les conséquences politiques de cette démonstration sont claires : il ne doit y avoir à terme qu un seul pays pour les juifs et les palestiniens car la distinction qu on leur a imposé est absurde. La vision décapante de l auteur nous libère d un grand nombre de préjugés. Ce n est pas la moindre de ses qualités. A lire absolument.
commentaires consternants - je suis consterné de lire les commentaires sur ce livre.à supposer même que l exil ne soit qu une représentation idéologique et que les juifs n aient pas avec les protagonistes de l épopée biblique le lien qu ils revendiquent, depuis quand est-ce la vérité du sang qui fait les peuples ?se convertir au judaïsme, c est en adopter, du moins aux yeux des autres juifs, le statut personnel, avec sa loi, ses langues de prière, d étude et de communication, son rapport à l entourage non juif (dont on oublie trop qu il n a entrepris d assimiler les juifs que fort tard, uniquement en occident, sans leur concéder le moindre droit de minorité transnationale ni même leur garantir, en dehors du monde anglo-saxon, l irréversibilité de leur nouvelle condition démocratique).ce qui a changé avec le sionisme, c est l idée que seul un retour physique au foyer spirituel mettrait fin à l antisémitisme.que cela ait posé des problèmes de reconquête de l habitat et de distinction des agendas du politique et du religieux, c est une évidence.cela étant, israël est aujourd hui une société essentiellement profane dont l avenir est plutôt souriant, y compris pour sa minorité arabe dont l indice de développement humain est vraisemblablement très supérieur à celui du reste du proche-orient - aristocratie pétrolière mise à part.il n est pas négligeable que, dans un conflit pour le moins radical et prolongé, les sionistes soient parvenus à limiter comme jamais dans l histoire de l humanité les pertes en vies innocentes de leurs ennemis même s ils ont assurément profité à bien d autres égards de la guerre qui leur a été imposée.qu est-ce qui autorise l un des commentateurs à supposer que les juifs se tiennent pour exceptionnels ?outre qu il ressort de leur mythologie que tous les êtres humains sont frères (ou soeurs) au regard de deux mêmes ancêtres, c est de dieu seulement (et certainement pas d eux-mêmes dans les générations actuelles) que les juifs croient tenir une mission, celle de le servir comme il leur a été spécifiquement prescrit, et cela, autant que possible, depuis jérusalem.l élection d israël ne signifie rien d autre, elle est accessible à tout individu par conversion sincère (leshem shamayim) et n empêche personne de se trouver un autre chemin vers dieu.les remarques de jean-paul lacharme sont d une bien meilleure tenue.cependant, outre que le prosélytisme juif (c est à dire la recherche active de la conversion d autrui et pas seulement son acceptation passive) reste un sujet fort controversé parmi les historiens (il serait surprenant que les juifs religieux aient si systématiquement agi contre la doctrine des rabbins), il est au moins une tentative d ethnicisation du judaïsme qui a réussi contrairement à ce qu énonce monsieur lacharme : le sionisme (il suffit de regarder un globe pour s en convaincre).le problème avec les thèses de l antisionisme, c est qu elles ne parviennent pas à admettre que ce fait doive être expliqué avant que d être condamné parce qu elles nient par idéologie et non par expérience que les juifs puissent avoir entre eux autre chose à partager qu une religion.les partisans cohérents et conséquents d un état ethniquement indifférent sont ultra-minoritaires au proche-orient tant chez les juifs (qui sont tournés vers la diaspora au point d en accepter sans réserve l immigration) que chez les arabes (qui ne sont pas plus disposés que les précédents à s acculturer).ce thème n a d autre réalité que polémique.encore une fois, après tant et tant d expériences catastrophiques de dictature scientifiquement révolutionnaire depuis le 7 novembre 1917, il vaudrait décidément mieux commencer par se donner les moyens de comprendre les autres avant de prétendre les soumettre à ce qu on prend pour la vérité.
Le peuple juif serait donc une pure invention ? - Excellent ouvrage qui permet de comprendre et de faire la juste part des choses entre une histoire officielle qui s appuie sur des faits qui n ont jamais existé et l histoire réelle qui s appuie sur des faits authentifiés par l archéologie. Intéressant d apprendre ce que Ben Gourion n ignorait pas, à savoir que les descendants authentiques des Hébreux de l époque romaine sont en fait les Palestiniens d aujourd hui.
magistral ! - Un livre comme on aimerait en lire plus souvent : très bien écrit, le ton est léger, parfois l auteur se permet même des pointes d ironie parfaitement rafraîchissante ! L essai est bien documenté, il brosse large perspective, depuis l introduction consacré au concept de nation et le peuple, jusqu aux développements historique et politique, il pose un grand nombre de questions qui montrent bien combien le mantra officiel de l État israélien relève plus de la foi que de la science. En espérant que d autres chercheurs se lanceront après lui sur la piste qu il a défrichée !
Revenir sur terre plutôt que revenir sur Sa Terre - Je suis content de n avoir pas pu commencer trop tôt à me documenter sur l histoire du Moyen Orient, du judaïsme et du sionisme. Souvent, il émane de la documentation une malsaine odeur de mystification... (Par exemple: revenir en Israël après 2000 ans d absence et avec un acte de propriété douteux mais péremptoire...!).J ai ainsi abordé ces sujets avec ce qu on appelle les nouveaux historiens.En effet, les anciens historiens et intellectuels israéliens ont surtout fait de la propagande pour fédérer le peuple autour de mythes fondateurs (à ce sujet, voir les mots et la terre du même auteur).Ici, l auteur expose une thèse (très éloignée du discours officiel) qui, si elle recevait de l écho, créerait une sorte de révolution copernicienne.La voici (très résumée et simplifiée): 1)-Les Juifs habitant actuellement en Israël comme dans le reste du monde, ne descendent pas du peuple ancien qui vivait dans le royaume de Judée à l époque du 1er et du 2nd Temple. Ils sont issus de peuples divers qui, au cours de l Histoire, se sont convertis au judaïsme (prosélyte!) en plusieurs lieux du bassin méditerranéen et autres régions.2)- La religion juive existe, contrairement au peuple juif partageant une origine commune, qui lui est une fiction. 3)-L Exil est une invention (aucun écrit historique ne le relate et il était logistiquement impossible pour les Romains). Les véritables descendants des habitants du royaume de Judée sont plus probablement les Palestiniens actuels (qui ont été islamisés)!!!Quels revirements ça devrait impliquer dans les esprits!....Revirements existentiels insupportables et inacceptables pour certains, mais nouveau départ sur des bases saines pour d autres (on peut toujours rêver). Le Juif n aurait plus à porter son statut autoproclamé d être extra-ordinaire (statut parfois pesant, mais parfois pratique pour prendre des décisions unilatérales et indiscutables), mais à vivre en Humain ordinaire parmi et avec les autres, ce qui est déjà bien.Je suppose que d autres travaux viendront confirmer ou invalider tout ou partie du contenu de cet ouvrage, le compléter, l affiner ou le corriger.Mais même si Shlomo Sand se trompait en tant qu historien, ce travail resterait très utile sous un certain angle: il constituerait une expérience de pensée qui aurait de quoi calmer bien des ardeurs belliqueuses. Ceux qui s appuient sur des motifs ethniques et/ou religieux pour justifier leurs politiques et leurs affrontements seraient sérieusement ébranlés.Enfin un livre pour tenter de raconter l histoire plutôt que de se raconter des histoires.Pour permettre le DIALOGUE plutôt que l échange de MONOLOGUES.Je l espère...